Au troisième trimestre 2024, Enedis a dépassé le million d'installations photovoltaïques raccordées en France. Depuis deux ans, la presse locale publie régulièrement des faits divers sur des toitures en feu. Un risque réel, en deçà des gros titres.

La France enregistre environ 240 000 incendies domestiques par an, toutes causes confondues. Le Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels, rattaché au ministère de la Transition écologique, recense 138 incendies cumulés impliquant des panneaux photovoltaïques sur des sites industriels, et précise que dans la grande majorité des cas les panneaux n'ont pas déclenché le feu.
Une étude AXA sur le segment 36 kW et plus entre 2020 et 2024 chiffre les incendies à 6 % des sinistres sur ce parc, contre 60 % de la charge totale pour l'assureur. Entre 2019 et 2024, le parc raccordé en France a doublé, de 450 000 à plus d'un million de systèmes. Le module déclenche rarement le feu. Dans presque tous les cas, les départs de feu étaient dus soit à des connecteurs défectueux, soit un câblage sous-dimensionné ou un onduleur défaillant.
Chaque incendie photovoltaïque ou presque provenait d'un défaut de connecteur, de câblage ou d'onduleur
Pascal Vanhulle est directeur technique chez Efectis, le principal laboratoire agréé par le ministère de l'Intérieur pour les essais de résistance au feu en France. Selon lui, surcharges et courts-circuits produisent les points chauds à l'origine des départs de feu. Les connecteurs mâle et femelle doivent obligatoirement venir du même fabricant. Un mélange de marques incompatibles crée une résistance électrique au point de jonction, et ce point chauffe.
Les incendies touchent par ailleurs plus souvent des installations dites IAB, intégrées directement dans le plan de toiture, un mode de pose aujourd'hui abandonné au profit de la surimposition. Sans ventilation sous les modules, les composants vieillissent sous une chaleur accumulée. Un profil très différent, donc, de celui d'une maison individuelle équipée par un installateur certifié RGE.
Défauts de pose dans les deux premières années, et courant continu impossible à couper
Un connecteur insuffisamment serti ou une borne mal serrée chauffe dès les premières semaines de production. À terme, ce point faible produit un arc électrique et déclenche un départ de feu. On situe donc l'essentiel du risque dans les choix faits au moment de la pose. La certification RGE QualiPV conditionne l'accès à la prime à l'autoconsommation en France, et filtre en pratique une partie des poses les moins rigoureuses.
Les propriétaires qui connaissent le comportement électrique des panneaux lors d'un incendie ne sont pas nombreux. Ils ignorent que même après la coupure du disjoncteur général, un panneau photovoltaïque continue de produire du courant continu tant qu'il capte de la lumière. Entre les modules et l'onduleur, on mesure une tension continue active quelle que soit la position des interrupteurs côté alternatif.
Depuis 2017, les services départementaux d'incendie et de secours suivent un guide de doctrine opérationnelle qui leur impose de garder au moins un mètre entre tout pompier et les modules en intervention. Les projecteurs utilisés la nuit par les équipes d'intervention suffisent parfois à électrifier un panneau et à relancer la production de courant continu. Des micro-onduleurs ou des optimiseurs de puissance découpent le champ en micro-unités autonomes et abaissent la tension de chaque segment à quelques dizaines de volts. On détecte alors immédiatement tout défaut électrique panneau par panneau, avant qu'un point chaud n'amorce un arc.
Source : Frandroid